Les cinq styles, expliqués
On entend « c'est de la drill », « c'est du boom bap » — et on hoche la tête sans savoir. Voici de quoi les reconnaître pour de bon, en partant de ce qui s'entend et pas de la théorie.
Boom bap — la batterie qui claque
Le plus ancien des cinq. Né à New York à la fin des années 1980, il tire son nom du bruit qu'il fait : boom pour la grosse caisse, bap pour la caisse claire. On le reconnaît à sa batterie sèche et en avant, souvent construite à partir d'un disque de soul ou de jazz échantillonné.
- Tempo : 85 à 95 BPM, rarement plus.
- Le signe qui ne trompe pas : la caisse claire arrive pile sur les temps 2 et 4, franche, presque brutale.
- Pour qui : ceux qui écrivent beaucoup et veulent qu'on entende les mots.
Trap — les charlestons qui roulent
Venu d'Atlanta au début des années 2000. Sa signature, c'est le hi-hat qui se subdivise en rafales — ce crépitement rapide qu'on entend par-dessus tout le reste — et une 808 qui glisse d'une note à l'autre au lieu de rester en place.
- Tempo : le plus souvent écrit entre 130 et 150 BPM, mais il se ressent à moitié (le demi-tempo, ou « half-time ») : c'est pour ça qu'un morceau à 140 semble lent. Nos instrumentaux trap tournent de 103 à 129 BPM.
- Le signe : la basse chante. Elle ne fait pas que marquer le temps.
Drill — la même famille, plus sombre
Née à Chicago vers 2012, passée par Londres qui lui a donné son visage actuel. La drill est la cousine tendue de la trap : mêmes ingrédients, atmosphère plus froide, mélodies rares et souvent inquiétantes.
- Tempo : 138 à 145 BPM. Nos instrumentaux drill tournent tous à 135 BPM.
- Le signe : la 808 glisse vers le bas, comme si elle tombait, et la batterie laisse beaucoup de vide.
- Pour qui : un flow rapide, des phrases courtes.
Lofi — l'imperfection assumée
Lofi veut dire « basse fidélité ». Tout ce qu'un ingénieur du son passe sa vie à enlever — le souffle, le craquement de vinyle, les aigus émoussés — est ici gardé exprès. Le résultat est chaud, un peu flou, et c'est le but.
- Tempo : 70 à 90 BPM, on ne se presse pas.
- Le signe : la batterie n'est pas parfaitement en place, et c'est volontaire — c'est ce qu'on appelle le swing.
Phonk — le vieux Memphis remis à neuf
Le phonk recycle les cassettes de rap de Memphis des années 1990 : voix ralenties, cloche métallique (la fameuse cowbell), saturation. Une esthétique de bande usée, devenue énorme sur les réseaux.
- Tempo : très large, souvent de 130 à 170 BPM, parfois plus. Nos titres phonk tournent de 143 à 184 BPM.
- Le signe : la cowbell qui joue la mélodie, et une saturation qui « colle » tout ensemble.
Et après ?
Le catalogue ne s'arrête pas à ces cinq styles : il compte aussi des instrumentaux afro-pop, latin et R&B.
Le style n'est qu'une porte d'entrée. Ce qui décide vraiment, c'est le tempo par rapport à votre débit — voir choisir le bon BPM — et la façon dont l'instrumentale laisse de la place à la voix, ce qu'explique la fabrication d'un beat.
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